Des centaines de couturières de l’ombre cousent, chaque jour, des masques pour les personnels soignants. Système D, bouche à oreille, face à l’ampleur de la demande, le groupe facebook “Mask Attacks”, qui recense la majorité de ces doigts de fées, veut créer des masques homologués.

Céline, salariée en chômage partiel et à la tête de l’atelier “Ty Cel”, fabrique 20 à 30 masques par jour

Ils sont des centaines en France, professeur, secrétaire de mairie, employé, agent immobilier, ou professionnel, essentiellement des femmes. Des centaines de couturières, des milliers de doigts de fées qui, chaque jour, chez elles, fabriquent des dizaines de masques pour les personnels soignants. “J’en fabrique entre 20 et 30 par jour. Une infirmière libérale m’en a commandé 10. Les personnels soignants en prennent pour eux, pour éviter de contaminer leurs proches”, explique Céline Boutruche, qui dirige l’atelier “Ty Cel” à Yffiniac. Elle base sa couture sur un patron posté sur les réseaux par l’hôpital de Saint-Brieuc : un masque avec les 3 plis, tissu coton, lingette en polyester avec une maille très serrée et doublure de vêtement. Pour trouver la matière première, c’est le système D. “Evidemment, mes masques sont gratuits. Mais en échange je demande du tissu, des élastiques et du chocolat pour le moral de la couturière !”, explique, dans un grand éclat de rire Céline. Elles sont plusieurs dans le secteur à communiquer via les réseaux sociaux, à s’organiser pour le dépôt des tissus, à déterminer un horaire de passage pour récupérer la marchandise. “On fait attention aux règles d’hygiène, on reste toutes confinées, ce sont les soignants, autorisés à circuler, qui viennent récupérer les masques”. Une page facebook “Mask Attacks” a été créée le 16 mars depuis Strasbourg. Il existe, aujourd’hui, une page par grande région de France, les couturières professionnelles ou pas s’inscrivent et sont en lien direct avec les besoins en masque dans leur secteur géographique. “Quand j’ai crée la page, les demandes ont tout de suite explosé. Des hôpitaux, des Ehpad, des aides à domicile, c’est le bouche à oreille qui a fonctionné au début. Je n’y arrivais pas toute seule j’ai fait un appel à l’aide sur ma page et le hasard a fait que les personnes qui y ont répondu venaient de tous les coins de France”, précise Sophie Cambra, fondatrice de “Mask Attacks”. Chaque groupe s’organise, partage ses astuces, ses bons conseils et évalue les besoins grâce au formulaire rempli par les soignants et les bénévoles.

Draps, tee-shirts, doublure de manteaux, sont récupérés et utilisés pour fabriquer des masques.
Les patrons utilisés sont ceux proposés par les hôpitaux.

L’objectif : fabriquer des masques homologués

Ces masques ne sont pas homologués. Sur les pages facebook de ces couturières on peut y voir inscrit : “NOS MASQUES EN TISSU NE REMPLACENT EN AUCUN CAS LES MASQUES CERTIFIES CE, FFP1 , FFP2, ETC… Ils servent uniquement à éviter le contact main/bouche & les grosses projections; rien d’autre !”. Une transparence essentielle pour les bénévoles. Toutes les couturières contactées se basent sur les patrons diffusés par des hôpitaux sur les réseaux sociaux. Car toutes ont ce souci, fabriquer des masques oui, mais sans mettre en danger qui que ce soit. Béatrice Viel, agent immobilier qui habite à Saint-Malo, se base sur le patron mis en ligne par le CHU de Grenoble. “Je ne suis pas du tout pro, je sais faire des ourlets ! Mais j’ai une machine et j’étais tellement énervée de voir tous ces gens pas protégés, que j’ai voulu aider à mon niveau”, explique Béatrice. Alors elle coud pour du personnel de maison de retraite, pour un médecin qui va les distribuer. Mais très vite c’est la matière première qui manque, tissu, élastiques. Alors à chacun son système. A Yffiniac, Céline a contacté le Super U qui lui en livre, l’entreprise de textile Armor Lux offre un kit de 50 masques à tous ceux qui en font la demande (à cette heure, les demandes sont trop importantes et ne peuvent toutes êtres satisfaites précise l’entreprise), à Quimper, il y a même un partenariat avec Décathlon. Pour aller plus loin et mieux, Sophie, la fondatrice de “Mask Attacks” veut passer à l’étape supérieure et assurer que ces masques faits maison sont garantis en terme d’hygiène et respectent les mesures de confinement. “Il existe en France que 4 entreprises qui fabriquent des masques homologués. Nous sommes en contact avec l’une d’elles. Nous voulons sécuriser la chaîne en nouant des partenariats avec des fournisseurs de matière première, des entreprises pour la livraison des masques”, explique Sophie. Le CHU de Lille s’est associé à une entreprise homologuée qui est prête à donner son cahier des charges à des couturières bénévoles si elles sont soutenues par une collectivité ou une institution. Pour donner de la crédibilité à leur action, “Mask Attacks” change de nom pour s’appeler “Mask Up” avec une plateforme plus poussée qui permet de connaître précisément les demandes, et la production produite par couturière. “Les industriels ne font pas de bénéfices mais leurs masques sont payants, nous l’idée c’est de continuer avec nos valeurs, solidarité et gratuité“, précisent ces couturières bénévoles. Le gouvernement a annoncé ce samedi la commande de plus d’un milliard de masques pour les semaines et mois à venir, venant essentiellement de Chine. La France en produit 8 millions par semaine. Ne sont évidemment pas comptés ces masques faits à partir de polaire, draps, doublures de manteaux recyclés, fabriqués par ces couturières de l’ombre, demandés par des centaines de personnels soignants pour ne pas infecter leurs proches, ou par des commerçants, policiers. “Si les soignants n’en ont plus besoin, nous fournirons à tous les oubliés qui sont en contact quotidien avec le virus”. “Mask Up” attend maintenant que les institutions leur fassent confiance. Pour que les aiguilles de leur machine à coudre continuent de fabriquer des masques mais cette fois-ci homologués.

Sophie, avec d’autres strasbourgeois, lance “Mask Up” pour que les couturières fabriquent des masques homologués.
C'est un retour sur mes terres natales avec l'aventure Entreprendre.bzh ! Après une carrière dans l'audiovisuel à Paris, notamment en tant que rédactrice en chef pour la chaîne info Bfmtv, la vie m'a ramené en Bretagne. Mon envie ? Rencontrer et partager avec vous les parcours de ceux qui osent, bougent, innovent grâce à leur motivation, leur énergie ou leur histoire.

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