Emmanuel Faber a fait de Danone une entreprise à mission, soucieuse des enjeux sociaux, de développement durable. Son éviction à la tête du groupe le 14 mars dernier pose cette question : entreprise rentable et responsable, est-ce possible ? Oui ! pour Delphine Rault, dirigeante de Grand Ouest Etiquettes, PME d’une centaine de salariés, engagée depuis plusieurs années dans une démarche sociale et environnementale.

Vous êtes engagés, au sein de votre entreprise à Lamballe, dans des démarches sociales, environnementales. Quel regard portez-vous sur l’éviction du président de Danone, 1ère entreprise à mission du CAC 40 ?

-Delphine Rault, dirigeante de “Grand Ouest Etiquettes” : “C’est dommageable en terme d’impulsion. La démarche de Danone a eu un effet moteur, là c’est un frein, je pense, pour des entreprises similaires. Pour les PME, c’est différent. On ne se compare pas aux sociétés du CAC 40. Des actionnaires veulent du cash rapide, le pilotage d’une entreprise s’inscrit dans une durée.”

Votre père, Michel Rault, a dirigé l’entreprise entre 1990 et avril 2012. Il a tout de suite mis en place un management horizontal…

-“Mon père a travaillé dans des grandes structures dans les années 80, dans la grande distribution où les relations clients-fournisseurs étaient essentiellement tournées sur le prix. Il n’était plus en phase avec ça. Quand il a pris la tête de l’entreprise, il l’a dirigée avec un bon sens paysan, sur un modèle social et environnemental. Je continue dans le même sens. D’un point de vue comptable, les salariés sont une charge, de notre point de vue, c’est une valeur pour l’entreprise, pas qu’un coût.”

Déjà en 2013, vous avez été récompensés pour vos valeurs humaines et vos démarches environnementales

-“On n’aime pas trop être mis en avant. Quand on m’a annoncé que nous avions reçu une récompense nous nous sommes réunis pour savoir si nous devions l’accepter ! Comme l’Oscar ( Oscar des entreprises des Côtes d’Armor ) n’était remis qu’aux dirigeants, on en a fait fabriquer pour tous les salariés. Sans eux, il n’y aurait pas de récompense. Nos valeurs sont simples, j’espère que l’entreprise permet à chacun d’être authentique. Nous avons racheté GMT Etiquettes, nous avons plus de 120 collaborateurs. Notre défi aujourd’hui, c’est de faire évoluer notre management horizontal, pour ne pas être happés par le court terme et donner de la visibilité sur des projets à moyen et long terme. Mon ambition est de réfléchir à de nouveaux modèles économiques, comment remettre la valeur au centre des enjeux.”

Vos étiquettes, à destination, des entreprises agro-alimentaires, pharmaceutiques, des industries, sont éco-conçues, recyclables

-“Aujourd’hui, il y a une forme de paradoxe. Nous avons une prise de conscience environnementale en tâchant d’être le moins “polluant” possible. Nous avons recyclé nos anciennes bâches publicitaires en trousses pour les collaborateurs. Nous traitons nos déchets mais nous n’arrivons pas créer de la valeur de ces déchets. Pour l’instant, nous les utilisons pour nous chauffer. Nous sommes une petite structure qui n’intéresse pas les gros faiseurs du recyclage mais nous restons en veille permanente pour progresser. Nos étiquettes sont éco-conçues, recyclables mais ces efforts ont un coût que les clients ne sont pas tous prêts à assumer. Faut-il abandonner ? Je ne pense pas, ce sont les consommateurs qui ont leur mot à dire, ils doivent être informés pour faire les bons choix. “

Une entreprise peut-elle être responsable et rentable ?

-“Je suis convaincue qu’on peut faire les deux. C’est ça qui a du sens. On ne peut pas détruire de la valeur, par exemple licencier des salariés pour créer de la valeur “argent”. La performance globale d’une entreprise c’est préserver les ressources internes et externes pour permettre d’aller sur des piliers sociaux, environnementaux, sociétaux. Le pilier économique n’a pas comme finalité que l’argent, il permet de financer ces démarches dans la durée, cela prend du temps ! Les actionnaires de Danone n’ont pas voulu laisser ce temps.”

C'est un retour sur mes terres natales avec l'aventure Entreprendre.bzh ! Après une carrière dans l'audiovisuel à Paris, notamment en tant que rédactrice en chef pour la chaîne info Bfmtv, la vie m'a ramenée en Bretagne. Mon envie ? Rencontrer et partager celles et ceux qui entreprennent autrement, qui ont un impact social, sociétal, environnemental en Bretagne

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