Confinement de certains salariés, parents bloqués à la maison, le Coronavirus, au-delà de l’impact économique direct qu’il a sur les entreprises, les oblige à modifier leur fonctionnement en interne. Le télétravail, évident pour certaines, est difficile à appliquer dans l’urgence.

Tous les dirigeants d’entreprise anticipent ces derniers jours l’entrée probablement prochaine dans la phase 3 – celle où les salariés seront nombreux à être cantonnés à leur domicile pour éviter la propagation du Coronavirus. Le gouvernement a très vite suggéré aux entreprises de proposer à leurs collaborateurs d’avoir des journées en télétravail. Certains groupes français comme Alcatel-Lucent Enterprise l’ont mis en place depuis de nombreuses années. “Nous avons fait partie des premières entreprises à signer des accords de télétravail, c’était en 2008. Nos collaborateurs peuvent accéder à 1 ou 2 journées par semaine, aujourd’hui 50% de nos 950 salariés les utilisent en France. Le coronavirus amène à prendre les 2 jours plutôt qu’une seule journée”, explique Eric Lechelard, directeur des ressources humaines France d’Alcatel-Lucent Enterprise. D’ailleurs, beaucoup d’entreprises bretonnes demandent conseil aux équipes du siège finistérien du groupe. “Ils nous contactent pour connaître et comprendre comment fonctionne le travail à distance”. L’entreprise fournit des solutions de communications et d’infrastructure notamment pour le télétravail, comme “Rainbow”, une plate-forme numérique inter entreprise qui s’adapte à tout support. C’est cette application qui sera d’ailleurs utilisée pour réaliser cette interview. “Nous pouvons accentuer le travail à distance grâce à ces supports, cette crise porte un coût économique à notre entreprise comme aux autres mais elle peut amener certaines à modifier leurs modes de fonctionnement”, précise le responsable RH. Depuis plusieurs jours, Eric Lechelard fait l’inventaire des métiers en interne pour lesquels le confinement poserait problème. 5 à 10% ne sont pas transposables en télétravail.

Alcatel-Lucent a mis en place le télétravail depuis 2008. L’entreprise propose des outils de communication pour du travail à distance.

“Le télétravail dans l’urgence ? Impossible !”

Les salariés de Secma Cabon à Quimper ont des postes qui ne sont pas transposables en télétravail.

Les entreprises habituées au télétravail comme Alcatel-Lucent Enterprise et comme Happy to meet you, cabinet conseil en recrutement à Rennes, l’affirment. Un poste de travail ne peut pas se transformer en travail à distance s’il n’a pas été pensé en ce sens. “Nous allons dans des entreprises où, ça paraît bête à dire, mais il n’y a que des ordinateurs fixes, comment transposer le poste chez soi ?”, explique, Florent Letourneur, fondateur et co-associé du cabinet conseil. Dans cette structure d’une vingtaine de salariés, le coronavirus a amené les dirigeants à proposer 2 jours de télétravail au lieu d’1 par semaine. “Certains ne les prennent pas, par peur du sentiment d’isolement. On ne veut obliger personne, tant que les autorités ne l’imposent pas.” Pour le secteur de l’industrie et de la métallurgie, le télétravail est difficilement envisageable. “C’est simple, si mes salariés sont confinés, je ferme l’entreprise”, constate, amer, Maxime Cabon, patron de Secma Cabon, entreprise familiale de conception et construction d’équipements et machines pour l’industrie. “La majorité de mes 34 salariés travaillent soit sur site à la production, soit chez les clients pour l’installation. J’ai 6 personnes qui travaillent en bureau d’études mais je n’ai pas les infrastructures informatiques, techniques pour qu’ils puissent travailler depuis leur domicile”, affirme le dirigeant de la société installée à Quimper. Proposer à ses salariés de travailler depuis leur domicile demande à ce que l’activité soit délocalisable. “C’est impossible à mettre en place dans la précipitation. Si le service informatique n’est pas paramètré, si vous n’avez pas les outils collaboratifs installés, une PME ne va pas avoir les moyens d’investir dans de tels outils”, précise Florent. Changer le fonctionnement interne d’une entreprise prend du temps. “Les structures dont l’activité se prête au télétravail devraient essayer rien qu’une journée dès maintenant tant qu’on n’est pas en phase 3”, conseille le co-dirigeant d’Happy to meet you.

Faut-il accélérer la transformation numérique des entreprises ?

Et si de cette crise, les entreprises, confrontées à imaginer un autre “mode de travail”, se lançaient dans une transformation numérique ? Alexandre Amigouët, dirigeant d’Insaniam, entreprise évoluant dans le domaine du digital et propriétaire d’Insaniam Média, a pensé son entreprise sur ce modèle. “Le télétravail n’a pas été un véritable choix mais une évidence. Je suis un amoureux de la liberté. J’aime l’idée que l’entreprise ne doit pas contenir l’individu dans la mesure du possible. Personnellement, je n’aimerais pas que l’on m’impose un bureaux ou des horaires fixes alors je ne l’impose pas à mes collègues”, précise Alexandre. Florent Letourneur, conseil en recrutement, croit sincèrement dans le développement du télétravail. “C’est un autre mode de management mais ça s’apprend. Faut accepter de se dire que vos collaborateurs ont une mission à accomplir et pas juste des heures à faire derrière un ordinateur. Avec la multiplication des évènements, alertes orange, canicule, c’est peut-être le bon moment pour accélérer ce processus dans les entreprises.” 100% télétravail, c’est le pari d’Insaniam. “Je suis convaincu que l’on perd le contact humain dès lors qu’il n’y a qu’une dose de télétravail. En 100% télétravail, tous les échanges passent par les outils numériques accessibles à tous. D’ailleurs, une règle importante pour une entreprise en remote, c’est que toute l’information doit se faire en ligne pour ne pas isoler les gens. J’estime que notre fonctionnement est profondément humain et ne casse pas le lien social. Malgré tout, nous n’avons pas tous la même définition d’un lien social et de ce qu’est une relation humaine. C’est donc une interprétation très personnelle que nous avons développé chez Insaniam. Nous avons de nombreuses pistes d’évolutions pour rester soudés, essentiellement en complétant nos outils de collaboration en ligne avec des temps forts réels ou virtuels”, explique Alexandre Amigouët. Pour Alcatel-Lucent Enterprise, comme Happy to meet you, dirigeants comme collaborateurs considèrent qu’ils ont besoin de se retrouver en un même lieu pour échanger, créer du lien social dans l’entreprise. Si le niveau 3 est déclenché, et de nombreux salariés contraints au télétravail, cette crise amènera les entreprises à changer leur fonctionnement…pour une transformation à long terme ?

C'est un retour sur mes terres natales avec l'aventure Entreprendre.bzh ! Après une carrière dans l'audiovisuel à Paris, notamment en tant que rédactrice en chef pour la chaîne info Bfmtv, la vie m'a ramené en Bretagne. Mon envie ? Rencontrer et partager avec vous les parcours de ceux qui osent, bougent, innovent grâce à leur motivation, leur énergie ou leur histoire.

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