Éric Challan-Belval, vous venez d’être élu à la tête de l’UE35, le Medef d’Ille-et Vilaine. Vous étiez le seul candidat. Il n’y a donc pas eu de débat ?

Si, bien sûr, mais les débats ont eu lieu avant l’élection proprement dite, hors micros ! Ma candidature a été le fruit d’un long processus, porté par un grand nombre d’adhérents de l’Union des Entreprises, dont le président sortant Hervé Kermarrec, qui ne se représentait pas. Je ne me suis pas lancé tout seul. J’ai consulté de nombreux acteurs économiques, j’en ai parlé à mes proches et à mes collaborateurs de la Feuille d’Erable. Il fallait qu’ils soient d’accord !

Vous allez continuer de diriger cette entreprise spécialisée dans le recyclage de papiers et cartons, qui emploie une soixantaine de collaborateurs, notamment en situation de handicap  ?

Evidemment, je reste patron, je ne veux pas être un président hors sol. Le fait qu’il s’agisse d’un mandat territorial, en Ille-et-Vilaine, a rassuré mes équipes. Je serai toujours présent dans l’entreprise, car je veux rester connecté au terrain. Nous avons procédé à quelques aménagements dans notre organisation, pour rester agile, notamment du côté des ressources humaines.

Vous avez créé en 2019 le Club des entreprises inclusives d’Ille-et-Vilaine, on vous sait très investi dans le champ de la RSE... Désormais, vous représentez toutes les entreprises, au sens large. Allez-vous conserver cette ligne très engagée ?

Nous allons renforcer cette notion d’inclusion et continuer de la porter au sein de l’UE35. De même, pour la RSE.

"Attention, il ne s’agit surtout pas d’être donneur de leçons sur ces sujets, mais de valoriser les entreprises qui s’engagent, en expliquant aux autres l’intérêt qu’elles peuvent y trouver, y compris en termes de performance économique".

Je ne veux pas renverser la table ! Mais au contraire, comme nous l’avons fait avec les entreprises inclusives, avancer progressivement, en montrant que c’est possible. On ne va rien imposer car cela ne fonctionnerait pas : chacun monte dans le train à la gare qu’il souhaite, à son rythme !

Quelles seront les grandes orientations de votre mandat pour les trois prochaines années ?

J’ai proposé une feuille de route articulée autour de quatre priorités : soutenir la stratégie du dirigeant sur ses préoccupations (gouvernance, gestion des risques, RSE…) ; favoriser la compétitivité des entreprises (fiscalité locale, export, environnement business friendly…) ; renforcer l’interprofession face à l’émergence de sujets cruciaux (logistique, zones à faibles émissions (ZFE), gouvernance, logement, décentralisation…). Enfin, je souhaite contribuer à renforcer la puissance et l'indépendance financière de l’UE35.

Comptez-vous modifier la gouvernance de l’organisation patronale ?

Je souhaite travailler collégialement avec les futurs membres du bureau, qui sera élargi au printemps. Je souhaite tendre progressivement vers la parité. Nous avons aussi créé un groupe de jeunes entrepreneurs de moins de 35 ans, le Comex 40, pour venir challenger le bureau avec un regard neuf.

Vous êtes plutôt critique à l’égard des mouvements qui se réclament de l’ESS (économie sociale et solidaire). Pourquoi ?

J’en ai un peu soupé de tout ce qui se revendique social et solidaire en permanence ! Le fait est que je me suis plus éclaté à porter la bonne parole au sein de l’UE35 que dans ces petits milieux qui se regardent trop souvent le nombril ! Je ne pense pas qu’il y ait deux mondes, un monde vertueux qui fasse la leçon à celui qui ne le serait pas. On changera le monde de l’intérieur, pas en se renfermant dans un aquarium coupé des réalités économiques. Je répète souvent que le statut ne fait pas la vertu. Ce n’est pas parce que votre société est en Scop ou en Scic que vos salariés trouvent un sens à leur action !

On parle de plus en plus de finance verte, de performance extra-financière. Quel regard portez-vous sur cette évolution ?

C’est le sens de l’histoire. Ces critères vont prendre de plus en plus d’importance, y compris dans nos propres organisations. Nous venons d’ailleurs de recruter un spécialiste de l’ingénierie financière et des risques au sein de l’UE35, pour éclairer nos adhérents sur ces évolutions incontournables.