C'est un slogan qui émaille les discours politiques nationaux et locaux. L'heure est à la décarbonation des économies, et tout l'enjeu consiste à faire en sorte que cette transition s'accompagne de nouvelles activités créatrices d'emplois. Voeu pieu ou pari réaliste?

"Plus d'emplois, moins de carbone" ce slogan accrocheur fleurit dans les discours politiques et se retrouve en filigrane de nombreux rapports sur la nécessaire décarbonation des économies.  En Bretagne, au printemps, le président du conseil régional (PS) Loïg Chesnais-Girard y a fait référence a de nombreuses reprises durant sa campagne, l'accompagnant de la variante " je veux et l'écologie, et les usines" pour défendre un modèle de développement respectueux de l'environnement. Une manière de tenter de réconcilier les contraires ? À l'heure où le dernier rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) publié le 9 août apporte de nouveaux éléments accablants sur la nécessité de changer radicalement et rapidement nos modes productifs pour atteindre les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, la question de l'impact sur l'emploi mérite d'être posée.

Maître-mot: anticiper

Une question plus complexe qu'il n'y parait, comme le souligne Alain Terpant dans l'interview qu'il nous a accordée.  "Le maître-mot, c'est l'anticipation", souligne le directeur de l'agence économique régionale Bretagne Développement Innovation (BDI) dont les experts accompagnent les filières stratégiques bretonnes sur la voie des transitions. Anticiper pour déceler les secteurs en fragilité, mais  aussi pour encourager le développement d'activités au bilan carbone vertueux. Difficile de quantifier précisément les retombées de cette évolution. Toutefois, selon l' étude ZEN 2050 publiée en 2019 par l'association Entreprises pour l'environnement, l'objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050 pourrait s'accompagner par un solde net de 300.000 créations d'emplois en France à cette date. À condition de s'engager sans délai dans une véritable révolution sociétale et économique, passant par une plus grande sobriété des consommateurs, ce qui, d'après l'étude, n'est pas du tout synonyme de paupérisation.

L'agroalimentaire en ligne de mire

Et en Bretagne ?  L'agroalimentaire, qui pèse 142.000 emplois directs et représente 40% de l'emploi industriel régional, focalise l'attention et nourrit les débats entre les tenants de l'agriculture intensive et les partisans d'un modèle plus raisonné. Des initiatives se font jour, dans ce domaine, pour transformer le modèle historique et réduire la dépendance aux intrants chimiques et aux oléagineux importés. "Mais le rythme du monde agricole est lent par nature, c'est celui des saisons, la transition prend forcément du temps", reconnait Serge Le Bartz, président du groupe coopératif Eureden, souvent montré du doigt pour son gigantisme (20.000 agriculteurs, 9.000 collaborateurs, 3,1 milliards d'euros de chiffre d'affaires).  Une taille critique qui est pourtant défendue comme un atout par son directeur général Alain Perrin. Avec une pointe de provocation assumée, il entend bien vanter les mérites du "Big is beautiful" lors de l'ouverture du Forum économique breton ce mercredi 8 septembre à Saint-Malo. "En étant plus gros, nous pouvons multiplier nos gammes et donc limiter les risques pour la coopérative et ses agriculteurs", résume-t-il en amont de son intervention.

Emballages bio-compostables

Les créations d'emplois, dans ce secteur se trouveront certainement dans les process de transformation et de valorisation des ressources végétales, mais ils passeront aussi par une reconquête qualitative des produits carnés, dans une logique de "moins mais mieux". Déjà, des initiatives intéressantes voient le jour, à l'image de cette nouvelle filière de production de cultures protéiques locales à base de féveroles et de pois, qui pourraient permettre de réduire la dépendance aux importations de soja. Dans le domaine de l'emballage, le secteur réfléchit aussi à réduire son empreinte carbone avec la mise au point d'alternatives au tout plastique et d'emballages bio-compostables, comme l'y incite la loi contre le gaspillage alimentaire et pour l'économie circulaire.

Réduction de l'empreinte écologique

L'exemple du matériau biosourcé Greenfib, qui est présenté dans ce nouvel épisode du podcast "Et si on faisait autrement", illustre bien cette tendance de fond. L'intérêt exprimé par des industriels de l'emballage ou des fabricants de montures de lunettes pour ce matériau naturel issu de fibres de ricin traduit une double recherche: la réduction de l'empreinte écologique, et la réponse aux aspirations d'une part croissante des consommateurs, désormais soucieux d'orienter leurs achats vers des solutions plus durables ou recyclables.

"Avec Greenfib, nous voulons faire "ensemble", en associant tout un écosystème, en réfléchissant à l'analyse du cycle de vie du produit, en imaginant de nouveaux usages, avec des acteurs économiques du territoire".

Car c'est l'un des enseignements forts de notre époque: les mentalités changent, tant du côté des consommateurs que chez les industriels, comme en témoigne l'essor des démarches de Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE), qui connaissent un regain d'intérêt en France depuis la promulgation de la loi Pacte en juin 2019. Les cinq piliers de la RSE, qui articulent dans une même préoccupation les interactions de l'entreprise avec l'économie, la gouvernance, l'emploi, le territoire et l'environnement, fournissent une boussole précise aux dirigeants qui cherchent à donner du sens à leur action. Cyr Dioré, le cofondateur de Greenfib, ne dit pas autre chose lorsqu'il nous explique que ce qu'il recherche à travers cette aventure entrepreneuriale, c'est "faire ensemble, en associant tout un écosystème, en réfléchissant à l'analyse du cycle de vie du produit, en imaginant de nouveaux usages, avec des acteurs économiques du territoire".

Alors, plus d'emplois, moins de carbone? Chiche ! Chez Entreprendre.bzh, nous sommes convaincus qu'un mouvement de fond est à l'oeuvre pour transformer en profondeur les pratiques. La Bretagne, par son histoire, sa géographie, le caractère de ses habitants, a certainement une carte à jouer dans cette indispensable mutation économique globale. Nous allons partir à la rencontre de ces acteurs engagés qui trouvent des solutions et souhaitent les partager.