Imaginez une voile qui servirait à la fois à propulser un bateau tout en fournissant l’énergie électrique nécessaire au fonctionnement des équipements de bord ! Ce pari de l’autonomie énergétique embarquée, c’est celui d’Héole, une start-up fondée en 2021 à Vannes par une équipe d’ingénieurs et de marins soucieux d’innovation éco-responsable. Elle s’appuie pour cela sur des générateurs électriques en tissus et membranes à base de cellules photovoltaïques organiques : les OPV. Ces dispositifs sont connus, mais en raison d’un rendement nettement plus faible que ceux des panneaux photovoltaïques classiques à base de silicium (3,5 % contre 22% en moyenne), ils n’ont pas rencontré jusqu’à présent de grand succès industriel. Mais la démarche d’Héole pourrait faire changer les choses. Son originalité : utiliser les OPV sur des supports souples comme les voiles de navires, les enveloppes de dirigeables, les structures de bâtiments modulaires ou isolés.

La souplesse des OPV développés par Héole permet de les intégrer sur des voiles et des surfaces textiles. (crédit photo : Héole)

Matériau biodurable

« Il s’agit d’un matériau léger, translucide, bio-durable. Contrairement aux panneaux photovoltaïques à base de silicium, les OPV utilisent peu de CO2 dans leur cycle de fabrication », explique Jean-Marc Kubler, directeur général délégué d’Héole et expert en luminotechnique. Les OPV sont des semi-conducteurs, comme les leds, et devraient connaitre la même progression de rendement que ces derniers, selon une loi de doublement tous les trois ans. Une perspective qui laisse augurer une réelle progression dans les applications. Car malgré leur rendement plus faible que les panneaux photovoltaïques classiques, Les OPV répondent à des usages différents, tout en nécessitant peu de lumière pour fonctionner.

Démonstration sur la Route du Rhum

Le côté souple des OPV permet notamment de les intégrer sur des voiles de bateau. Un intérêt qui n’a pas échappé au navigateur Marc Guillemot, qui a rejoint les fondateurs d’Héole et qui s’apprête à participer à la prochaine édition de la Route du Rhum, en novembre, avec une grand-voile équipée de cette technologie. Objectif : être complètement autonome en énergie pour l’équipement de bord, et pouvoir se passer, à terme de moteur Diesel. L’électricité fournie par les OPV servira à alimenter les nombreux appareils électriques et électroniques indispensables en navigation. Les tests sont en cours pour mettre au point une voile qui ne soit pas trop lourde et qui reste souple. Des premiers essais concluants ont eu lieu lors de la dernière Transat Jacques Vabre sur le voilier Leyton Ocean Fifty, qui était équipé d’un prototype de petite voile d’avant intégrant des OPV et d’un mat photovoltaïque.

Le trimaran Leyton Ocean Fifty a participé à la dernière transat Jacques Vabre en testant une voile d'avant prototype dotée d'OPV. (crédit photo Héole).

« Nous avons pu réaliser des mesures en mer pour vérifier le rendement de la solution et sa robustesse en conditions de course », souligne Jean-Marc Kubler, très confiant sur sa technologie. En mars, de nouveaux essais débuteront avec Marc Guillemot. Son catamaran MG5, en cours de construction se veut innovant et écologique, puisqu’il intègre de nombreux composants recyclés. Il sera doté d’une voile photovoltaïque et des bandes d’OPV seront positionnées sur plusieurs parties du bateau (pont, mat, casquette de roof…).

« Nous avons besoin de lever 1,8 million d’euros d’ici à deux ans pour financer les prototypes et développer le programme de recherche »

Partenariats en cours

C’est dans ce contexte de vents porteurs que Martin Delapalme, membre de l'équipe et lui-même marin expérimenté, s’est envolé pour Las Vegas la semaine dernière afin de participer au Consumer Electronic Show, le rendez-vous mondial de l'innovation, aux côtés d'une dizaine de start-up bretonnes. Objectif : séduire des investisseurs et les embarquer dans le projet.  « Nous avons besoin de lever 1,8 million d’euros d’ici à deux ans pour financer les prototypes et développer le programme de recherche », confie Jean-Marc Kubler. Des contacts très avancés ont déjà été noués avec un fabricant européen de voiles et avec des industriels des OPV, ainsi qu’avec un spécialiste du textile technique pour les ballons. Le leader mondial des ballons éclairants Aistar, fondé à Grenoble par Pierre Chabert, figure également parmi les partenaires d’Héole. C’est d’ailleurs à Grenoble que sera installé cette année un ballon fixe photovoltaïque utilisant cette technologie qui alimentera une station de recharge électrique pour vélos ou téléphones. Et Pierre Chabert prendra les commandes du dirigeable Lélio Transocéans, lui aussi fabriqué en membrane photovoltaïque Héole, pour le record de la Transméditerranée en 2023.

« La question n’est pas de savoir si cela va marcher, mais comment on s’organise pour y arriver ! »

Les mois qui viennent s’annoncent donc bien chargés pour la start-up vannetaise, soutenue par l’incubateur Emergys Bretagne. « La question n’est pas de savoir si cela va marcher, mais comment on s’organise pour y arriver ! », résume son directeur général, qui table à la fois sur une baisse continue du prix des OPV dans les prochaines années et sur une amélioration importante des rendements de ses installations, au carrefour du solaire et du vent. C’est d’ailleurs cette association des deux énergies qui a donné son nom à l’entreprise : en breton, soleil se dit héol, et Éole était le dieu du vent dans la mythologie grecque. De quoi, demain, séduire de nouveaux clients soucieux de décarboner leurs sources d’énergie. Le transport maritime, évidemment, est en ligne de mire, avec la multiplication des projets de voiliers-cargos. Message transmis à TOWT et Grain de Sail (lire notre article) !