Ces femmes ont été visionnaires, pas toujours reconnues comme telles. Elles ont foncé, souvent au mépris des conventions sociales, de leur environnement personnel, simplement animées d’un élan de vie hors du commun. Elles ont affronté tous les obstacles, à commencer par celui d’être femme ! “Elles ont osé”, chroniques de femmes entrepreneurs de l’été par Nathalie de Broc.

Inutile de revenir sur la place qui leur a été accordée dans l’Histoire en matière de créativité :  citons pour exemple parmi d’autres, la seconde moitié du XIXème siècle où la femme n’avait pas plus de droits qu’une personne mineure. Elle passait de la tutelle de son père à celle de son époux. Le plus enviable statut pour elle était le… veuvage.  

Statut dont l’héroïne de cette première chronique : Marie de Kerstrat, (Langolen 1841-Pont L’Abbé 1920) a parfaitement assimilé les avantages

Marie de Kerstrat ( Langolen 1841-Pont L’Abbé 1920)

Marie de Kerstrat a parfaitement assimilé les avantages. Petite femme vêtue de noire, à l’allure de souris grise… mais c’est un leurre. Ses yeux, ses lèvres minces, son menton montrent une détermination étonnante. Ajoutez à cela un sens aigu des affaires : elle n’est pas bigoudène pour rien ! Elle n’a qu’un talon d’Achille : son fils Henry. Adulé, noceur et criblé de dettes. Autant de raisons qui vont faire prendre à Marie la décision de sa seconde partie de vie : tout quitter pour émigrer au Canada. Mais dans ses malles, un matériel incroyable. La voilà notre visionnaire ! Marie de Kerstrat a compris avant tout le monde l’importance d’une nouvelle invention qui va révolutionner le monde balbutiant des images : le cinéma ! et dans ses bagages elle emporte les premières bobines que lui ont confiées les frères Lumière, un projecteur de 35 kilos ; son fiston lui servira de tourneur de manivelle et leur bagout fera le reste. L’objectif est de gagner des ponts d’or outre-atlantique et de subjuguer les foules américaines avec cette invention française.

« La comtesse des vues animées », son surnom chez nos cousins canadiens va organiser les toutes premières séances d’historiographe. A grand renfort de publicité. A Montréal, leur premier point de chute, on se bouscule pour aller voir l’arroseur arrosé, grand succès des Frères Lumière, mais aussi la vie de Jésus en douze tableaux, la mort de Marat… la révolution des images est en marche, présentée par une comtesse française : le rendez-vous nec plus ultra. Marie et son fils entament une tournée triomphale : Ottawa, Québec. Leur programme s’étoffe bientôt avec les films de Méliès dont l’inénarrable voyage dans la lune, inspiré de Jules Verne en 1902. Du Canada, on passe aux Etats-Unis, avec de nouvelles bobines dont celles de la compagnie Pathé. Même succès, on s’arrache les places à 40 cents à New-York, Boston. Cela va durer plus de six ans…  jusqu’à ce qu’un certain Thomas Edison, ou encore Georges Eastman, fondateur de la société Kodak déposent des brevets sur la fabricationde films. Marie est contrainte de céder du terrain, l’attrait de la nouveauté s’achève. Le cinéma américain va entamer sa longue existence. Marie rentre en France en 1913, elle a 73 ans et ouvre avec panache une salle de cinéma à Saint-Malo… 

Ce sera sa dernière séance.

Du journalisme radio (France Inter) et télévision (France 3) à l’écriture de romans. Un pas franchi un beau matin de 2003, en osant envoyer un synopsis de quelques pages (quelle inconscience !) à une grande maison d’édition parisienne. Histoire de changer de vie, de troquer l’instantanéité pour le temps qui dure. Le début d’une aventure que je n’imaginais pas si riche en découvertes, en doutes aussi et en rencontres.

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