Il y a une dizaine de jours, j’ai rencontré Jean-Gabriel Chelala au siège de son entreprise Enercia. Rencontre avec cet entrepreneur-aventurier au profil peu commun, mais tout aussi passionnant.

Bonjour Jean-Gabriel ! L’expression entrepreneur-aventurier ressort régulièrement en tapant ton nom sur Google. C’est quoi un entrepreneur-aventurier ?

J’ai grandi avec l’image d’Indiana Jones, je veux dire celle d’un enseignant en costume la semaine et d’un baroudeur le week-end. J’aime cette double casquette, sans doute parce que je n’aime pas les cases. En grandissant, on t’explique que tu dois faire des choix raisonnables du genre être ingénieur et oublier tes passions parce que ça ne fait pas vivre. Avant même d’avoir commencé, on te coupe les pattes. Je trouve que c’est horrible !

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Je me suis contenté d’avancer dans les directions qui me faisaient plaisir à chaque instant sans me limiter à faire un choix. En tant qu’aventurier, j’ai réalisé plusieurs expéditions, rejoint la Société des Explorateurs Français et lancé une émission d’aventure sur Internet. En tant qu’entrepreneur, j’ai créé plusieurs sociétés dans différents domaines avec plus ou moins de succès. Ce que j’ai appris dans l’aventure m’a énormément aidé dans la construction de mes entreprises et l’inverse est tout aussi vrai. Être entrepreneur-aventurier c’est décider de ne pas faire un choix entre « le bien » et « le mal ». Être entrepreneur-aventurier c’est montrer que les choix raisonnés ne sont pas toujours les plus pertinents. Dans le cas de notre aventure entrepreneuriale, être entrepreneur-aventurier est même devenu notre plus grande force.

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Selon toi, tous les entrepreneurs sont des aventuriers ?

Créer, reprendre et développer une entreprise est une véritable aventure. Le monde de l’entreprise est à lui seul une aventure pour les entrepreneurs mais de plus en plus pour les salariés aussi. Depuis des années, on nous parle de la crise. Je ne crois pas à la crise.

Toutes les mutations économiques ont été précédées d’une situation considérée comme une situation de crise. Pourtant durant ces périodes, certains entrepreneurs ont eu des réussites fulgurantes parce qu’ils avaient vu de nouvelles voies à explorer : Ernest Cognacq avec la Samaritaine a transformé les magasins, Henry Ford la voiture, Apple l’informatique et la téléphonie, Facebook le réseau social, Ventes Privées la manière de consommer, etc.

Les entrepreneurs sont des aventuriers, mais ils devraient à mon sens tendre vers un rôle d’explorateur parce que ce qu’on qualifie de crise n’est qu’une profonde transformation de nos sociétés, de nos entreprises, de nos manières de consommer, de travailler et de vivre et comportent sans doute une foule d’opportunités à saisir.

En regardant ton parcours, le moins que l’on puisse dire c’est que tu es un serial-entrepreneur … Combien d’entreprises à ton actif ?

Je suis chef d’entreprise depuis 2009. En sept ans, nous avons créé neuf entreprises, une association et une fondation. Nous avons racheté trois sociétés, arrêté deux sociétés et coulé deux autres.

Et les échecs ?

J’ai connu plusieurs échecs à différents degrés. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’échec n’est pas bien vu et pas bien perçu. Pourtant chacun de mes échecs m’a appris dix fois plus que n’importe quel MBA mais ça m’a aussi couté plus cher ! J’aurai tendance à dire que si l’on tire l’enseignement d’un échec, l’argent et le temps perdus sont de bons investissements !

En visitant les locaux (et la bibliothèque) d’Enercia à Rennes, j’ai pu constater que tu as un fort intérêt pour l’entreprise libérée. Comment ça s’organise au sein de tes entreprises ?

Je n’ai pas un fort intérêt pour l’entreprise libérée, on se contente simplement de suivre notre propre voie. Les livres c’est des gens qui ont bossés des mois et des années sur un sujet, tu imagines le gain de temps ! J’avais entendu parler des notions d’entreprise libérée et je voulais voir ce qui se cachait derrière cette expression, même si je n’aime pas les termes convenus dans ce genre-là, parce qu’ils mettent dans des cases et poussent forcément vers un truc du genre : moi j’en suis et toi t’en es pas.

Enercia est un bureau d’études de conception dans le bâtiment. Notre métier est réglementé, donc notre valeur ajoutée ne peut pas venir de notre métier. Et puis nous ne vendons rien d’autre que du temps. Donc le capital humain est la seule richesse de notre métier. Mais surtout, je considère qu’une entreprise n’est qu’un outil d’épanouissement personnel en interne et un outil de service pour l’externe.

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Quelle est ta conception de la gestion de ses collaborateurs ?

En tant que dirigeant, je dois être au service de mes entreprises et au service de mes salariés et non l’inverse.

Depuis 2009, j’ai eu à cœur de valoriser et d’encourager mes équipes à aller de l’avant. Je veux créer des perspectives d’évolution pour chacun et les accompagner dans leur développement personnel.

Lorsqu’on embauche une personne, on lui explique que chez nous les évolutions sont sans limites, qu’il peut devenir chef d’entreprise s’il le souhaite et que nous lui donnerons les moyens de l’accompagner. Depuis cinq ans, nous faisons entre 40 et 50% de croissance interne chaque année. Un premier salarié est devenu dirigeant associé de sa propre structure et j’accompagne trois autres personnes qui devraient prendre les commandes de leur société début 2017. Chacune de ces sociétés est une filiale. Ce qui nous permet de mutualiser l’ensemble de nos compétences, de fonctionner en réseau, tout en offrant une grande indépendance à chacun des dirigeants. Mon rôle devient plus que jamais celui d’un coach ou d’un conseiller, ce qui manque souvent à un chef d’entreprise.

L’ensemble de nos sociétés est ISO 9001. J’ai rédigé ce que j’ai appelé les sept valeurs fondamentales de notre entreprise :

  • S’amuser et prendre du plaisir
  • Étonner par la qualité et le service
  • Être aventurier, souple et inventif
  • Être passionné, combatif et déterminé
  • Échouer avec succès
  • Être libre
  • Être humble

Voilà ce qui fait l’ADN de nos entreprises.

Tu es breton d’adoption. Pourquoi avoir choisi cette région ?

En 2004 à la fin de nos études, nous avions envie de nous installer dans une région dynamique, attirante par sa culture, agréable à vivre et offrant un environnement naturel exceptionnel : la mer ou la montagne. 2 régions répondaient à nos souhaits : La Haute-Savoie et la Bretagne. Nous avons opté pour la Bretagne.

Merci Jean-Gabriel !

Insaniam est une société de Conseil en Stratégie œuvrant sous l'angle de l'état d’esprit et des outils issus du digital. Notre conviction est que la maîtrise du numérique permet à chacun de gagner en liberté et agilité. Ce gain est une source de développement libérant la créativité et l'innovation individuelle de tous, au profit du collectif. Le contrôle des outils garantit la construction d'un monde alliant le virtuel & l'humain.

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