Chaque semaine, Nathalie de Broc nous fait découvrir des portraits de femmes, bretonnes, entrepreneurs ! “Elles ont osé”, chronique qui vous plonge au coeur de l’histoire de la Bretagne.

Odette du Puigaudeau (Saint-Nazaire 1894- Rabat 1994).

En ces temps où il nous est plus difficile de voyager, où les frontières se transforment en remparts inexpugnables ou offrent la perspective peu réjouissante de quarantaines, quatorzaines et autres « aines », entre quatre murs, respirons sans masque un petit souffle d’air chaud, porteur de sable du Sahara pour notre visionnaire aventurière de la semaine : Odette du Puigaudeau (Saint-Nazaire 1894- Rabat 1994).

Du fait de nos entraves présentes pour cause de Covid, nous avons peut-être moins de difficultés à imaginer ce que représentait en 1933, une épopée au Pays des Maures (qu’on nommait alors aussi le pays de la Peur) pour une jeune femme, issue d’un monde protégé et aristocrate. Odette est la fille de Ferdinand du Puigaudeau, peintre dans la mouvance de l’Ecole de Pont-Aven, tandis que sa mère est portraitiste. Tout naturellement elle a suivi l’atavisme familial dès qu’elle a pu tenir un crayon. Ferdinand aurait voulu un garçon, il va élever sa fille comme tel et lui faire découvrir le monde, à travers les sorties à la recherche de « motifs » pour ses toiles, ou dans ses parties de chasse… elle sera longtemps le bâton de vieillesse de ses parents jusqu’à son « réveil » prise de conscience. Elle a 26 ans et quitte le cocon familial. Pour de petits « boulots » pour commencer : devant ses planches d’observation au Muséum d’Histoire naturelle, comme illustratrice scientifique. Ou encore comme styliste, un temps très court pour la maison de Haute Couture Lanvin. Mais elle aime aussi à embarquer régulièrement pour des campagnes de haute-mer en Bretagne (alors qu’elle souffre du mal de mer, dès qu’elle met le pied à bord !) et va les raconter pour le journal l’Intransigeant. Son reportage est remarqué, Odette n’est pas douée que pour le dessin, elle a une vraie plume, un art de la description. Entre reportages et embarcations sur les thoniers, elle se forge doucement ses futures ambitions : soit intégrer le laboratoire marin de Carthage (Tunis) à la fin des années 20 soit découvrir le Groënland… 

Dilemme entre le froid et le chaud. 

Par la force des choses, ce sera le chaud.  

Car le Commandant, très médiatisé, du Pourquoi Pas ? Jean-Baptiste Charcot, médecin et chef des Missions Polaires refuse la présence d’une femme à bord pour le Grand Nord. Mais le choix du chaud, n’est pas un pis-aller pas plus que ne l’est l’appel du large.  Odette va profiter de ses relations journalistiques avec l’Intransigeant pour mettre sur pied son « équipée des sables ». 

Le 28 novembre 1933, après nombre de démarches, de lettres de recommandation, de sauf-conduits obtenus de haute lutte auprès des autorités civiles et militaires, des scientifiques du Museum d’Histoire naturelle et du patron qui l’accueille à son bord, elle embarque, à ses frais, sur La Belle Hirondelle, un langoustier de Douarnenez avec son amie et amante Marion Sénones. 

Destination les côtes de Mauritanie. 

Avec l’idée que ce sera pour quelques mois. Seulement. 

En réalité, dès qu’elle met le pied dans le sable, après deux semaines d’attente pour des autorisations, l’amour du Sahara va la rattraper. Vêtue comme un Maure, à dos de chameau, elle va apprendre pendant 4500 kilomètres de pistes, de puits en puits, de campement en campement, de mirage en mirage, de nuits glaciales en étapes brûlantes ce qu’est la réalité du désert.

Elle ne fera pas qu’un seul voyage, mais deux, puis trois. Explorations en profondeur, apprentissage de la langue, des lieux, des peuples. En tout, près de 10 000 kilomètres d’itinéraires à pied, à dos de chameau, en camion. Puis Odette devra patienter le temps de la Seconde Guerre Mondiale, avant de retourner enfin vers son cher Sahara en 1949. Elle consignera ses méharées dans nombre d’ouvrages que salue Théodore Monod, « le » grand spécialiste français des déserts : Mémoire du pays Maure, Le sel du désertLa grande foire aux dattes ou son best-seller : Pieds nus à travers la Mauritanie couronné par l’Académie Française. Mais Odette, après avoir été encensée, a ses détracteurs aussi : à force de partager le quotidien des peuples du désert, elle commence à prendre un certain recul avec Paris, et surtout position contre la politique de colonisation tricolore en Afrique du Nord, ou contre les effets du progrès, « ce grand dévastateur », sur un pays qu’elle aime de passion. Elle va aller jusqu’à dénoncer l’ensemble des plans d’aménagement politique et économique que l’état français va mettre en place au Sahara. Peu à peu, on va l’écarter. 

Et lorsqu’elle s’installe définitivement en 1961 à Rabat (toujours avec Marion), qu’elle se rallie publiquement à la politique marocaine, le CNRS lui ferme ses portes.  

Le Maroc va lui confier différentes missions notamment l’organisation d’expositions sur le Sahara. Elle va animer des émissions sur la chaîne nationale tout en prolongeant son travail dans la muséologie et Rabat lui confie les rênes du bureau de préhistoire au Musée des antiquités. 

 Elle a légué les archives de son travail, immense, à la Société de Géographie.

“Qu’on ne cherche pas d’autre but à ce récit que d’évoquer la simple poésie, la grandeur sobre du Sahara et le charme parfois amer de nos longues courses incertaines. (…) Nous avions pu, nous deux femmes, sans autre arme que notre confiance, traverser lentement le désert avec ses nomades, connaître son visage, son peuple, sa misère et ses joies, son vertige de vide et de silence”. A Port Etienne (Nouadhibou), 1934.

Retrouvez toutes ces histoires, dans le livre de Nathalie de Broc “Ces femmes qui ont fait la Bretagne” et sur notre site !

Du journalisme radio (France Inter) et télévision (France 3) à l’écriture de romans. Un pas franchi un beau matin de 2003, en osant envoyer un synopsis de quelques pages (quelle inconscience !) à une grande maison d’édition parisienne. Histoire de changer de vie, de troquer l’instantanéité pour le temps qui dure. Le début d’une aventure que je n’imaginais pas si riche en découvertes, en doutes aussi et en rencontres.

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