Chaque semaine, pendant l’été, Nathalie de Broc nous fait découvrir des portraits de femmes, bretonnes, entrepreneurs ! “Elles ont osé”, chronique qui vous plonge au coeur de l’histoire de la Bretagne.

Clémence Royer (Nantes 1830-Neuilly sur Seine 1902)

Notre héroïne de la semaine, Clémence Royer (Nantes 1830-Neuilly sur Seine 1902) est la controverse faite femme ! 

Et pas seulement de son vivant… Elle continue de faire couler beaucoup d’encre. Détracteurs ou sympathisants, tout le monde y va de sa plume. Dernière preuve en date, en 2013 : elle était dans la liste des accédantes au grand honneur de reposer au Panthéon. D’après une consultation en ligne lancée par François Hollande, alors Président, elle figurait même parmi les toutes premières favorites, mais sa candidature a finalement été repoussée car on ne lui pardonne toujours pas la liberté qu’elle s’est offerte en 1862 dans sa traduction du livre de Charles Darwin « de l’origine des espèces » qui avait lui-même fait scandale à l’époque. Elle en a été la première traductrice en France mais y a carrément adjoint une préface de… 59 pages dans laquelle elle développait ses propres théories. Théories qui allaient parfois à l’encontre de celles de Charles Darwin ! On a même avancé qu’elle en a été la falsificatrice. Son statut de femme n’a rien arrangé.

La préface en question a été qualifiée de terrible, pour d’autres : d’admirable puisqu’elle cassait bravement toutes les vitres, tirait bien avant l’auteur toutes les conséquences de la doctrine transformiste pour attaquer la théologie chrétienne, la morale égalitaire, les utopies socialistes qui toutes lui semblaient subordonner les êtres bien doués d’esprit et de corps aux êtres vicieux et malingres.  

Pour Darwin, ce texte « parasitaire » fut une surprise totale. Il accusera même l’introduction d’avoir fait beaucoup de tort à son livre en France même s’il reconnait qu’elle a été rédigée par l’une des femmes les plus intelligentes et les plus étranges d’Europe et qu’il y repère nombre de remarques très justes ! Car Clémence qui ne s’encombrait pas de manières, ne cachait pas ses orientations. D’autres ont avancé qu’elle dépassait Darwin, trop frileux et avait poussé son système jusqu’aux dernières conséquences. Ses soutiens ne l’en blâmaient pas bien que sa hardiesse ait effarouché des lecteurs qui auraient lu avec calme l’exposé des observations et des expériences de M. Darwin.

Celle que l’on a qualifiée de Newton bretonne est issue d’une famille catholique, légitimiste. Mais comme pour le reste, elle va tout envoyer valser, sans ménagement.

Orpheline à 19 ans, autodidacte, électron libre, une capacité de travail hors du commun, une intelligence aiguë, elle se prend de passion pour l’anthropologie, l’économie politique, la biologie et la philosophie. Dans sa vie privée, elle agit avec la même liberté et va vivre en union libre avec l’économiste Pascal Duprat. Le mariage n’étant, selon Clémence, rien d’autre qu’une dangereuse loterie …. En 1870, après la tempête darwinienne, elle est la première femme à être admise à la société d’Anthropologie de Paris et y fera de nombreuses interventions… on s’en doute fort peu conventionnelles. En féministe convaincue, (et pourtant farouchement opposée au vote des femmes…allez comprendre !) elle milite pour l’instruction des femmes, fonde la société des études philosophiques et morales et participe au Journal des Femmes. Précurseur des théories de l’eugénisme, celle qui affirmait haut et fort : je crois au progrès, dans le prolongement de son anticléralisme virulent, est aussi la première femme à voir ses travaux scientifiques couronnés par la Légion d’honneur en 1901, tout comme elle fonda la première loge maçonnique mixte.

Retrouvez l’épisode 3, ici

Pour découvrir toutes les histoires incroyables de ces femmes, bretonnes, entrepreneurs, c’est dans le livre de Nathalie de Broc “Ces femmes qui ont fait la Bretagne”

Du journalisme radio (France Inter) et télévision (France 3) à l’écriture de romans. Un pas franchi un beau matin de 2003, en osant envoyer un synopsis de quelques pages (quelle inconscience !) à une grande maison d’édition parisienne. Histoire de changer de vie, de troquer l’instantanéité pour le temps qui dure. Le début d’une aventure que je n’imaginais pas si riche en découvertes, en doutes aussi et en rencontres.

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