De l’alimentation au textile, de la musique et du spectacle, bien évidemment, au tourisme et à l’hôtellerie en passant par les secteurs parfois les plus improbables, l’identité bretonne et celtique fait vendre ou confère un soupçon de dynamisme granito-iodé à une communication. A l’aise Breizh, Armor-Lux, .bzh, Tipiak et ses bigoudènes, Brittany Ferries, Princes de Bretagne, les palets sablés Traou Mad [1], Déménageurs bretons, jusqu’au label « Produit en Bretagne »… On pourrait multiplier ainsi les exemples montrant que la marque Bretagne se décline sous bien des formes percutantes et enthousiasmantes.

Moyennant quoi, le propos n’est pas ici de faire une démonstration à la limite du truisme, mais bien plutôt d’insister sur l’idée que plus l’image véhiculée ou médiatisée est maîtrisée, plus elle sera performante. Or, de ce point de vue, il est un outil peu – ou trop mal – connu et pourtant à la performance éprouvée depuis des décennies pour mieux appréhender la Bretagne et l’univers celtique : mieux connaître leurs différentes composantes et facettes, leurs atouts, leurs histoires… Il s’agit du Diplôme d’Etudes Celtiques (DEC), de l’université Rennes 2[2], plus vieux diplôme universitaire de la capitale bretonne.

Le DEC : Plus vieux diplôme universitaire rennais

C’est en 1911 que le professeur Joseph Loth, éminent linguiste et grand spécialiste de la matière celtique s’il en fût[3], crée ce diplôme à l’université de Rennes. Pendant près d’un siècle, ce dernier va former des générations d’amoureux de la Celtie, pour forger petit à petit cette image d’une région dynamique, entrepreneuriale et ouverte que l’on connait. Pourtant, au crépuscule du XXe siècle, ce diplôme va momentanément disparaître : il était alors considéré que son contenu recoupait celui de la jeune licence/maîtrise[4] de breton. Erreur, car du même coup, tout un public franco/gallophone se voyait priver de cette matière indispensable. L’idée revint vite de revitaliser le seul enseignement susceptible de dispenser une connaissance complète et diversifiée de la Bretagne et des pays celtiques, dans un moment où une enquête menée par Bretagne Culture Diversités (BCD) révélait que 60% des sondés exprimaient leur envie d’en savoir plus sur leur culture et leur histoire. L’homme à la manœuvre de ce renouveau – et qui demeure aujourd’hui le directeur du diplôme – fut le sociologue Ronan Le Coadic[5], professeur au département de breton et celtique de Rennes 2 et, par ailleurs, animateur de BCD. En 2012, son projet se concrétisa et le Diplôme d’Etudes Celtiques revit le jour à Rennes 2. En Septembre 2017 va ainsi commencer la sixième promotion du renouveau.

Un diplôme centré sur la Bretagne et le celtisme

Tourné vers l’avenir dans la pleine connaissance des racines, le DEC de Rennes 2 est donc aujourd’hui une occasion unique, exceptionnelle – que d’autres territoires nous envient – de découvrir ou d’approfondir la Bretagne et l’interceltisme sous toutes leurs facettes : de l’histoire et de l’économie à la géographie physique et surtout humaine, de la musique et de la littérature aux arts, en passant par l’oralité de la langue bretonne (sans aucune connaissance du breton requise), mais aussi du gallo, le patrimoine, la faune et la flore … et même la gastronomie.

La grande richesse du DEC, c’est sa dimension humaine : ses enseignants mais aussi ses étudiants. Les meilleurs spécialistes de chaque matière dispensent généreusement – et souvent avec truculence et verve – leur connaissance dans une ambiance constructive et conviviale : parmi bien d’autres citons, le géographe Jean Ollivro, le chanteur Yann-Fanch Kemener, les historiens Erwan Chartier ou Cédric Choplin, le spécialiste du patrimoine (et vice-président du Conseil Régional) Jean-Michel Le Boulanger, l’ethnomusicologue Yves Defrance, et Ronan Le Coadic bien sûr…

Quant aux étudiants (20 à 30 étudiants par promo), ils sont tous, par évidence, porteur d’une image de la Bretagne, d’un vécu, d’une raison d’être là. Et ils ont tous les âges, de 20 ans à 78 ans, étudiants ou légataires d’une vie, actifs ou non, Bretons de naissance, d’adoption ou non, voire ressortissants étrangers. Les échanges que suscite ce brassage sont aussi le sel de ce diplôme. A telle enseigne que, considérant que l’année que dure cette formation n’étant pas assez, les anciens du DEC ont voulu créer une association pour prolonger l’expérience. Et ainsi Kendeskin (Ensemble, Apprendre !) est née pour réunir la « famille » DEC et en prolonger l’esprit. L’association contribue à la promotion du diplôme, organise des journées d’animation autour des mémoires produits par les étudiants (dont elle envisage la publication prochaine), propose des séminaires originaux…

Concrètement, au sein de l’université, le DEC s’inscrit dans le cadre de la formation continue et il est donc particulièrement adapté aux salariés, désireux de compléter leur connaissance et leur pratique de la bretonnitude, et notamment de la vie économique, sociale et politique de la Bretagne contemporaine (jusqu’aux incidences de la LGV, de Notre-Dame des Landes, des réformes territoriales…). Si tous les publics sont susceptibles d’être intéressés, on pensera notamment aux acteurs du tourisme, des collectivités locales, des bibliothèques et archives, de la communication… qui y puiseront la matière d’une plus grande performance entrepreneuriale encore.

Cette formation se déroule idéalement en une année (l’année universitaire de septembre à avril) de 120 heures, toutes rassemblées les jeudi après-midi.

Les étudiants qui le désirent peuvent même, en complément, débuter ou approfondir une langue celtique (breton ou irlandais), ce qui leur permettra de prétendre alors au Diplôme Supérieur d’Etudes Celtiques (DSEC).

Renseignements et inscriptions : Centre des langues de l’Université de Rennes 2, sfc-bdl@univ-rennes2.fr; tel: 02 99 14 16 07

Inscriptions jusqu’au 25 août (attention à la fermeture estivale du secrétariat rouvrant à la mi-août)

Début des cours : 14 septembre 2017

[1] Littéralement, « bonnes choses » en breton.

[2] Il existe un diplôme au même intitulé dispensé par l’Université de Bretagne Occidentale (Brest), dont le contenu n’est pas le même, mais majoritairement tourné vers la généalogie (matière qui n’est nullement enseignée dans le diplôme de Rennes)

[3] Et notamment traducteur de la Somme mythologique que sont les Mabinogion gallois.

[4] Le vocable ancien, on s’en souvient, de l’actuel master.

[5] Auteur d’une thèse renommée sur « l’identité bretonne » (éditée chez Terre de Brume).

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