Lorsqu’il évoque le chemin parcouru par son entreprise, Frédéric Lerebour reste modeste. Le directeur général de Lobodis rappelle que cela fait six ans déjà que ce torréfacteur breton aux valeurs bien ancrées a engagé une profonde démarche de changement, fondé sur l’inclusion, le management participatif et la solidarité. Pas étonnant, dans ces conditions, qu’il ait décidé avec ses équipes de devenir à son tour « entreprise à mission », comme le permet la loi Pacte de juin 2019. Derrière cette formule à la mode, se cache une démarche très construite et qui, surtout, s’inscrit dans la durée. « Pour Lobodis (34 salariés, 11 millions de chiffre d'affaires en 2021) , cette référence à la mission dans les statuts de l’entreprise n’est pas un aboutissement, mais au contraire un point de départ pour aller plus loin », résume Frédéric Lerebour. Une mission qui s’accompagne d’une raison d’être, dans laquelle chaque mot a été choisi avec soin : « Chaque jour être un torréfacteur engagé et proposer des cafés authentiques, fiers de leurs origines, source de plaisir et de convivialité, tracés pour vous partager nos impacts ». En résumé: « respecter, agir durablement et partager quotidiennement ».

Poisson-pilote

Pour bien comprendre les origines de cette approche, il faut se plonger dans l’histoire de l’entreprise, fondée en Bretagne en 1988, et qui s’engage très tôt dans une démarche de commerce équitable, tout en se spécialisant dans le café pure origine. Lobodis rejoint vingt ans plus tard le groupe familial Ricardo, une ETI de 750 salariés et 120 millions d'euros de chiffre d'affaires qui fédère plusieurs « maisons de torréfaction et de café », dont les célèbres Cafés Richard, distribués dans les cafés et les restaurants. « Lobodis joue le rôle de poisson-pilote au sein du groupe Ricardo en matière d’inclusion, de RSE. La recherche de produits de qualité et les partenariats avec les producteurs crée un véritable effet levier sur l’amont de la filière », souligne Anne Richard Bellanger, présidente du groupe Ricardo et fille du fondateur Pierre Richard. Depuis plusieurs années en effet, Lobodis a tissé des liens très étroits avec des petits producteurs dans une quinzaine de pays, en les accompagnant dans la sélection des cafés de pure origine, la marque de fabrique du torréfacteur. « Cela va même au-delà: nous sommes associés à l'ONG Envol Vert pour accompagner au plus près les producteurs. Nous leur proposons des formations aux techniques d'agroforesterie pour mieux produire et pour mieux respecter l'environnement », précise Frédéric Lerebour.

Une équipe engagée au service d'un projet inclusif. De gauche à droite, Pascal Chesnais, directeur de l'ESAT Notre Avenir, Frédéric Lerebour, directeur général de Lobodis et Franck Moisan, directeur adjoint de l'ESAT, en charge de l'activité torréfaction. 

Partenariat de proximité

Autre particularité de Lobodis, et non des moindres : La PME bretonne travaille depuis 23 ans avec l’association Notre Avenir, qui emploie des personnes en situation de handicap au sein de son ESAT. C’est d’ailleurs pour se rapprocher de ce partenaire essentiel que l’entreprise a quitté son siège historique de Saint-Brieuc en octobre 2018 pour s’installer à Bain-de-Bretagne (35), en face de l’ESAT dont une vingtaine de salariés assure la torréfaction du café, tandis que plusieurs autres sont employés à la logistique. « Je n’ai que la rue à traverser pour rejoindre les bureaux et les entrepôts de Lobodis », apprécie Franck Moisan, directeur adjoint de l’ESAT, en charge, notamment, de l’atelier de torréfaction. « Pour qu’un tel partenariat s’installe dans la durée, il faut une entreprise qui accueille, qui prenne en compte le handicap dans son projet, qui l’intègre dans sa culture d’entreprise. La première chose à faire, c’est de former les collaborateurs qui travailleront avec les personnes en situation de handicap, ce qu’a bien su réaliser Lobodis », poursuit Franck Moisan.

Au cœur de cette approche inclusive, on retrouve le dispositif « Différent et compétent», porté par l’ARESAT Bretagne. « Nous œuvrons pour la reconnaissance des publics en situation de fragilité : fragilité d’insertion, de communication…, à travers la reconnaissance des acquis de l’expérience. Nous ciblons la compétence, pas le handicap », explique sa directrice Véronique Brunet-Bertineaud.

"La démarche d’entreprise à mission permet de donner de la cohérence à la stratégie ".  Anne Mollet, directrice générale de la Communauté des entreprises à mission

Soutien de la Communauté

C’est donc fort de ce positionnement atypique que Lobodis compte se développer dans les années à venir, en s’appuyant sur la spécificité des entreprises à mission. La PME dispose désormais d’un cadre juridique précis pour mener ses actions en cohérence avec ses valeurs. Un comité de suivi sera prochainement installé pour en mesurer l’impact, et Frédéric Lerebour sait déjà qu’il pourra compter sur l’accompagnement de la Communauté des entreprises à mission (CEM) pour partager les bonnes pratiques et progresser dans la démarche. « Nous sommes heureux de les accueillir, d’autant qu’il s’agit du premier torréfacteur français à s’engager dans cette voie. La démarche d’entreprise à mission permet de donner de la cohérence à la stratégie », souligne Anne Mollet, la directrice générale de l’association, qui compte actuellement 320 membres. « Vous serez surpris par les transformations à venir en termes d’engagement des collaborateurs, de potentiel d’innovation et d’impact social et environnemental qui seront générés dans les années à venir », glisse-t-elle à l’intention de Frédéric Lerebour et ses équipes. Les voilà prévenus!