La Distillerie Warenghem, centenaire, connaît un beau succès. Deux de ses produits, l’Armorik et le Breizh whisky ont été primés médailles d’or au World whiskies awards. A sa tête, David Roussier, gendre de la famille Leizour propriétaire de l’entreprise depuis 1967.

Comment gère-t-on une entreprise familiale ? Réponses sans détour du jeune directeur général.

Ebzh : “Est-ce que cela a été une évidence pour vous de prendre la tête de l’entreprise ?”

David Roussier : “Non, pas du tout ! C’est mon beau-père qui la dirigeait. L’idée était de me préparer à la reprise mais si l’on ne s’était pas entendu, ou si cela ne m’avait pas plus, on n’aurait jamais pris le risque de mettre en péril l’entreprise. On était à l’aise pour se dire les choses.”

Ebzh : “A quoi vous attendiez-vous en devenant chef d’entreprise?”

David Roussier : “Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais je ne m’étais pas imaginé que ça pourrait être aussi riche. A l’époque où je suis arrivé, il y avait moins de produits, on a enrichi l’offre en 10 ans. J’ai été nommé directeur général en 2010 mais jusqu’en 2013-2014, on prenait les décisions à deux, j’allais régulièrement dans le bureau de mon beau-père pour échanger. Nous avons écrit ensemble la feuille de route de l’entreprise. Quand vous vous retrouvez seul, ça se complexifie, on a moins de temps et sans le vouloir on a moins de facilité à échanger avec les gens.

Ebzh : “Une entreprise familiale se gère comme toute entreprise ?”

Comment gère-t-on une entreprise familiale?
La distillerie, basée à Lannion, a un espace visiteurs flambant neuf.

David Roussier : “On a vraiment eu une relation avec mon beau-père où on se disait facilement les choses. La distillerie est dans la famille Leizour depuis 1967, j’ai compris que j’étais en charge de passer l’entreprise familiale à la prochaine génération. Cela me va très bien de gérer l’entreprise en pensant à l’héritage. On ne gère pas de la même manière une entreprise familiale qu’une start-up. On est moins dans l’urgence, je ne cherche pas la valeur pour demain mais à faire fructifier l’entreprise. Pendant 80 ans, l’entreprise n’a produit que des liqueurs, aujourd’hui, nos produits phare sont les whiskys, si on raisonnait de manière comptable, on les abandonnerait mais ça fait partie de l’histoire de l’entreprise, cela nous permet d’avoir plusieurs cordes à notre arc. Je crois en ce modèle d’entreprise familiale , ce sont les sociétés les plus résilientes. Beaucoup de gens sous-estiment le poids que porte l’histoire. Tous les jours je me pose la question, quand je prends une décision stratégique, si je ne prends pas un risque pour l’entreprise. S’il n’y a pas de reprise par mes enfants, il est hors de question de laisser l’entreprise à un fonds d’investissement qui fait cracher la bête, c’est à l’encontre de nos valeurs.”

Ebzh : “Les repas de famille du dimanche sont des réunions de travail ou vous arrivez à couper ?”

David Roussier :”C’est un peu un problème. Je pensais que c’était du flan quand mon beau-père me disait que la distillerie me prendrait 90% de mon esprit et en fait c’est vrai. Avant que j’y travaille, on discutait évidemment d’autres choses, quand nous avons collaboré ensemble, on en parlait souvent, et depuis que j’ai pris les commandes c’est plus compliqué d’en parler, et faire abstraction je n’y arrive pas. Sur la direction générale de la distillerie, nous étions d’accord, il m’a laissé faire des choix, des erreurs. Et d’ailleurs je suis assez à l’aise avec ça, ça fait partie de la vie de chef d’entreprise de se tromper. J’ai fait une erreur de recrutement, il a fallu assumer.

Comment gère-t-on une entreprise familiale?
La distillerie Warenghem a été la première en France, en 1983, à distiller et maturer du whisky

Ebzh : “10 ans dans la distillerie, c’est un cap ?”

David Roussier : “10 ans, ça marque forcément une étape. Je suis arrivé au bout d’un certain nombre d’idées et de concept. Nous avons eu de beaux succès, deux de nos produits (L’Armorik et le Breizh whisky) ont été récompensés avec des médailles d’or au World whiskies awards, on vient de finir quelques gros projets, il faut maintenant que je prenne du recul, que j’ouvre à nouveau les écoutilles, il y a toujours des projets à mener mais je suis dans une phase où j’évite de prendre des décisions. Il est temps de revenir dans le quotidien de l’entreprise, revoir sa structuration, est-ce que tout le monde est bien à sa place ?

Ebzh: “Votre vision du chef d’entreprise a-t-elle changé ?”

David Roussier : “Quand j’ai débuté dans la distillerie, pour moi être dirigeant c’était innover, créer, être hyper réactif . 10 ans plus tard, je me rends compte qu’il faut surtout savoir jongler avec la complexité, être la locomotive du train. J’avais clairement un côté “jeune con” quand je suis arrivé, mon beau-père m’a laissé dire. Ce côté “chien fou” est indispensable pour une entreprise, il faut savoir changer, se transformer, et à cette époque il fallait ouvrir la distillerie. J’espère que j’aurai la même maturité si mes enfants arrivent dans l’entreprise, que je les laisserai être, comme je l’ai été, des jeunes cons !”

C'est un retour sur mes terres natales avec l'aventure Entreprendre.bzh ! Après une carrière dans l'audiovisuel à Paris, notamment en tant que rédactrice en chef pour la chaîne info Bfmtv, la vie m'a ramené en Bretagne. Mon envie ? Rencontrer et partager avec vous les parcours de ceux qui osent, bougent, innovent grâce à leur motivation, leur énergie ou leur histoire.

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