Entre joie de retrouver leur clientèle et inquiétude économique, Laurence Taillandier, propriétaire de deux magasins d’optique, et présidente du “Carré Rennais”, association de plus de 300 commerçants à Rennes nous confie l’état d’esprit des commerçants pour les mois à venir.

Tout est prêt pour l’ouverture au public ?

-Laurence Taillandier, propriétaire de deux magasins d’optique et présidente du “Carré Rennais” : “Lundi, je réunis mes équipes avec le protocole sanitaire qu’ils auront tous signé. Sur mes 10 salariés, 5 seront au chômage partiel. Je crée deux équipes qui ne se croiseront jamais. Nous fournirons des masques aux clients qui n’en ont pas. Nous ne mettrons plus les lunettes sur le nez, chaque paire sera désinfectée et nous aurons des masques et des visières. Je prévois de mettre des chaises sur le trottoir, j’espère qu’il ne pleuvra pas !”

Quels sentiments vous animent pour cette reprise ?

Laurence Taillandier : “Quelle joie de retrouver notre clientèle, d’ouvrir la boutique, de retrouver ses collègues ! Avec l’équipe, nous avons beaucoup échangé par message pendant le confinement, nous sommes heureux de nous retrouver, de renouer les liens avec nos clients, de retrouver une vie sociale. En tant que dirigeante, j’ai souscrit un emprunt pour “boucher un trou” et pas pour un investissement, cela risque d’être difficile de le rembourser. J’avoue que j’aimerais avoir une boule de cristal pour savoir comment vont se dérouler les prochains mois. “

Comment envisagez-vous cette reprise d’activité ?

-Laurence Taillandier : “Nous repartons avec un chiffre d’affaires à zéro, une trésorerie à zéro et nous n’avons aucune idée du comportement des consommateurs. Est-ce que le sentiment d’insécurité va être le plus fort ? J’ai fait un prévisionnel avec un chiffre d’affaires à -50% jusqu’au 1er décembre. Je pense que nous allons avoir du monde car il y a des besoins urgents, paire de lunettes cassée, après ça, ce sera plus calme puisqu’il n’y aura pas d’ordonnances avant 15 jours-3 semaines.”

Les commerces de proximité de Rennes espèrent avoir le soutien de leur clientèle.

Vous craignez des dépôts de bilan ?

-Laurence Taillandier : “D’ici la fin de l’année, il y aura probablement 30 à 35% de dépôt de bilan chez les commerces de détail. Les magasins de vêtement ont acheté des marchandises avant le confinement, il va falloir écouler ce stock alors qu’en parallèle ils vont devoir acheter la collection hiver en juillet. Ces commerçants sont très fragilisés.”

Demandez-vous un accompagnement des commerçants au-delà du 11 mai ?

-Laurence Taillandier : “Le 11 mai, tout n’est pas réglé. Il y a une réelle inquiétude économique puisque nous ne savons absolument pas quel chiffre d’affaires nous allons pouvoir faire. Il faut accompagner les commerçants sur 3 pôles : une remise des loyers, maintenir les conditions du chômage partiel jusqu’à la fin de l’année et que les assureurs acceptent de prendre au moins 20-30% de nos pertes d’exploitation. Ces mesures pourraient sauver des entreprises. Toutes celles qui, comme moi, on souscrit un emprunt garanti par l’Etat, il va falloir le rembourser.”

Vous parlez de la théorie perdant-perdant

-Laurence Taillandier : “Cela peut paraître bizarre comme théorie mais dans ce contexte économique inédit, pour que chacun s’en sorte il faut que chacun accepte de perdre un peu. Le loueur, le fournisseur, l’assureur, s’ils font des gestes en direction des commerçants, ils s’assurent que ceux-ci ne ferment pas. S’il n’y a plus de commerce, le loueur, par exemple, ne touchera plus du tout de loyer, et c’est sûrement pire que de perdre de l’argent ponctuellement.”

Vous espérez que cette crise aura donné envie aux français de privilégier les commerces de proximité ?

-Laurence Taillandier : “Il faut que les gens reprennent confiance, nous sommes à leur côté, nous mettons tout en place pour assurer la sécurité de nos salariés et de nos clients. Nous espérons que les français auront envie de soutenir leurs commerces de proximité. Nous avons besoin de vous !”

C'est un retour sur mes terres natales avec l'aventure Entreprendre.bzh ! Après une carrière dans l'audiovisuel à Paris, notamment en tant que rédactrice en chef pour la chaîne info Bfmtv, la vie m'a ramené en Bretagne. Mon envie ? Rencontrer et partager avec vous les parcours de ceux qui osent, bougent, innovent grâce à leur motivation, leur énergie ou leur histoire.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.