Le confinement ? Nathalie de Broc, journaliste, écrivain, couche sur papier ces instants inédits et vous les fait partager. 6e épisode de “En Transit”, et si ce 11 mai, tant attendu, était redouté ?

En Transit-Episode 6

2 mai 2020, quarante-septième jour de confinement

Dilemme et crainte.

Crainte de l’après. 

Crainte du bruit retrouvé. J’ai tant aimé ce silence déconcertant, puissant qui nous était offert soudain. 

Crainte de la vitesse à nouveau. J’ai tant aimé cette lenteur d’abord imposée, dérangeante puis savourée.

Tant aimé retrouver autrement les gens que j’aime. Plus intensément. Plus longuement. Leur disponibilité. Leur écoute. Prendre de leurs nouvelles, les vraies, celles d’eux-mêmes. Pas de ce qu’ils avaient fait. 

Découvrir des amitiés là où on ne les attendait pas, renouer des liens distendus. 

Crainte d’être frappée d’amnésie, de reprendre le fil là où il avait été laissé.

Crainte d’oublier les souffrances, les revendications nécessaires, légitimes, les deuils.

Crainte de ces villes reprises d’assaut, comme si on appuyait sur le bouton on, que tout se remettait en branle, que cessait l’arrêt sur image de ces métropoles livrées au silence, de ces rues désertées, si  imposantes, si brusquement immenses…. Sans nous.  

Crainte de ne plus avoir le temps de prendre le temps. Le temps d’écouter Stéphane Freiss lire le Petit Prince. Et de le réécouter en boucle, comme lorsqu’enfant j’en écoutais la version de Gérard Philippe. 

Crainte de ne plus savoir regarder la lumière qui filtre dans un pétale de rose.

Crainte du tourbillon grisant dans lequel immanquablement on va se jeter. Comme ces écolières qui prennent leur élan pour la corde à sauter.

Crainte de ne pas oser être à contre-courant. 

Crainte de se laisser aller au flot, oublieux de ce qui a été et qui va suivre.

Crainte de ne plus se souvenir de ce réseau tissé, de solidarité, d’entraide, de partage d’angoisses ou de rires.

Crainte de laisser enfouis dans les placards de l’oubli toute cette inventivité née de la restriction, ces talents éclos, ces initiatives insensées, ces gestes gratuits, ces concerts à nos fenêtres, ces chorales de par le monde.

Sauf, sauf que… cette crainte est-elle si utile ? 

Sachant qu’elle risque de créer la réalité que je voulais fuir… Peut-être n’est-elle alors que simplement nécessaire pour ne pas reprendre comme si de rien n’était, comme si nous n’avions pas croisé l’indicible, comme si nous n’en avions tiré aucun enseignement.  

Résister au cœur de soi. 

Rester éveillé. Plus que vigilant. 

Episode 6, ici

Recette de Pancakes légers (!) et ultra rapides

200g de farine

200g de yaourt

200ml de lait

1 c à c de levure chimique

60g de sucre

2 œufs

2 c à soupe de beurre fondu

Pincée de Sel 

Dans un bol, mélanger, farine, sel, sucre et levure.  Dans un autre, jaunes d’œufs, yaourt et lait. Monter les blancs en neige. Incorporer à la pâte et laissez-la reposer, une petite heure si possible puis lancez-vous avec une poêle à blinis. Cuisson : 2 ‘ de chaque côté. Pour servir, arrosez de beurre fondu, de sirop d’érable ou d’agave… ou servir à la russe avec de la confiture de cerises.

Du journalisme radio (France Inter) et télévision (France 3) à l’écriture de romans. Un pas franchi un beau matin de 2003, en osant envoyer un synopsis de quelques pages (quelle inconscience !) à une grande maison d’édition parisienne. Histoire de changer de vie, de troquer l’instantanéité pour le temps qui dure. Le début d’une aventure que je n’imaginais pas si riche en découvertes, en doutes aussi et en rencontres.

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